2009     Europan 10 : Colonisation Symbiotique
Projet d'aménagement du futur quartier Champoulant situé sur la commune de l'Isle d'Abeau

Maîtrise d’ouvrage :
Ville de l'Isle d'Abeau.

Architectes :
Equilibre - Agence d'Architecture.
Le Tiec et Misse Architectes
Nicolas Broussous
Mathieu Cordelle

Mission :
Concours d'idées international.

Lieu :
L'Isle d'abeau.

Surfaces :
SU : 18 500 m²

Montant des travaux :
NC.

 

Problématique générale - Concept

La colonisation durable

Comment mettre en oeuvre une nouvelle philosophie de l’occupation durable du territoire?

Conçues voici près de quarante ans, la ville nouvelle de l’Isle d’Abeau réunit au sein des cinq communes qui la composent plus de 40 000 habitants.
Sa réalisation s’est appuyée sur un vaste effort public, tant au niveau des moyens que des structures de pilotage mises en place aux niveaux national et local.

Malgré l’appel à un certain nombre de procédures d’exception et la constitution d’un vaste champ d’expérimentations en matière d’urbanisme d’habitat et de vie sociale, les conditions d’émergences de la ville nouvelle ont posé des problèmes. Elles ont fragilisé sa viabilité au cours des premières années. Associées à la difficulté pour l’établissement public de faire adhérer les acteurs locaux au projet, ces années de débats ont laissé des traces dans la mémoire politique locale.

Aujourd’hui, cette ville-laboratoire conserve un fort potentiel de développement et d’innovation.
Ainsi, fort de l’expérience « ville nouvelle », et s’appuyant sur une véritable culture de l’innovation caractérisant ce territoire, l’Isle d’Abeau souhaite continuer à être «un laboratoire urbain, un lieu d’expérimentation» tout en intégrant une dimension de faisabilité conceptuelle et opérationnelle immédiate.

Le concept du projet repose sur une analogie au développement cellulaire organique.

Si la ville nouvelle des années 70 peut être appréhendée comme une sorte de prothèse artificielle implantée dans le corps territorial, produisant inconfort, réactions allergiques, voire rejet de l’organisme, notre attitude de projet s’apparente complètement à de la greffe de cultures cellulaires, cultivées à partir de cellules souches issues du milieu même qu’elles vont coloniser.

 

Les cellules évoluent et se développent dans leur cytoplasme, territoire fertile support de leur croissance. Leurs noyaux intègrent les caractères génétiques initiaux propres à chacune d’elles adaptés au milieu originel. Le développement et la multiplication cellulaires par mitose ou méiose croisent ces caractéristiques initiales pour créer de nouvelles variétés métissées.

Ainsi, le projet prend appui sur les différentes cultures propres au territoire, croisées avec les trois grands enjeux du développement durable, pour proposer une évolution symbiotique adaptée au contexte.

Les problématiques écologiques, économiques et sociales sont abordées, dans la genèse du projet, dans des zones de concentrations cellulaires distinctes. Petit à petit, les échanges entre cellules aideront l’organisme à se développer, nourrir des croisements, et permettre la prise en compte des questions de durabilité à toutes les échelles du projet.

 

Problématiques urbaines et architecturales

Pour répondre à la question de la colonisation durable, le projet explore différentes problématiques qui vont constituer ou traverser chacun des niveaux de la proposition. La philosophie générale est de créer une symbiose entre le territoire sur lequel s’implante le projet et les différentes thématiques constitutives de la réflexion.

     

Problématique écologique
Penser en harmonie avec la nature - Le "genius Loci".
Avant toute chose, nous nous attachons à composer avec les caractéristiques du site. Ses caractéristiques géographiques topologiques, géologiques, hydrologiques et paysagères ont été étudiées afin de saisir le génie du lieu.
Ainsi, par la préservation d’une zone d’espaces naturels, nous souhaitons favoriser le maintien et le développement de la biodiversité déjà présente sur le site. En parallèle, il nous semble intéressant d’apporter en plus de ces morceaux de nature « sauvage », des espaces rurbains cultivés, lieux de nature pratiquée et supports de lien social.
Les questions de la perméabilisation des sols, de la récupération et du recyclage de l’eau, ainsi que du recyclage des déchets sont également des enjeux que nous intégrons dans notre réflexion.
La nature est un des éléments fédérateurs du projet. Elle articule le rapport entre espace public et espace privé, participe à la dynamique économique et sociale, et constitue le lien matériel avec le territoire.

Problématique économique et sociale
Depuis quelques années, la question de l’accessibilité au logement devient de plus en plus préoccupante. Le nombre de mal logés en France à dépassé les trois millions en 2006 ! Le programme de construction d’habitat social est en panne. Les coûts de construction et le prix du foncier s’envolent. Le système bancaire, frileux et sélectif ne permet plus à certaines classes sociales ou classes d’âge d’accéder à la propriété. La question du mal logement, au centre du débat politique actuel, ne peux pas être occultée.
Nous pensons qu’il est possible de développer des solutions constructives et architecturales légères permettant de répondre aux besoins d’une frange de la population ne pouvant accéder à la propriété que dans une gamme de coûts de construction située en dessous des seuils habituels.
Parallèlement, le développement de micro activités, de filières de production et de consommation locales, sont aussi des stratégies à mettre en place afin de favoriser les échanges économiques au sein du quartier.
Enfin, la mise en place de structures favorisant la réapparition de systèmes d’entraide et de consommation partagée, participeront à la mixité et à la soutenabilité économique et sociale du projet.
Problématique culturelle
Par la mise en place d’une démarche prospective sur une nouvelle philosophie de l’occupation durable du territoire, le projet peut devenir naturellement le support culturel d’un nouveau rapport à notre espace de vie. La création d’activités pédagogiques en rapport à la construction et à la gestion du territoire, la mise en place d’un pôle culturel associatif, peuvent devenir les vecteurs d’une véritable culture de la durabilité, moteurs de la dynamique de développement du projet.
Problématique constructive
Ancré sur ce territoire du nord Isère riche de ses cultures constructives traditionnelles et de ses filières technologiques de pointe, le projet doit pouvoir porter les filières de matériaux locaux. La culture de l’innovation constructive doit être mêlée au bon sens de l’architecture vernaculaire. Nous défendons une architecture située, prospective mais basée sur les qualités du patrimoine existant, évolutive et participative.
Prenant appui sur le rayonnement pédagogique des Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau, et sur une organisation associative innovante, nous proposons la mise en place d’une stratégie de construction intégrant une part d’auto-construction assistée.
Au delà des apports économiques de cette approche, l’organisation même de la construction pourra être un élément fédérateur de la constitution collective du quartier.
Problématique énergétique
Face aux enjeux liés à la fois à la raréfaction des ressources et à la production massive de gaz à effet de serre par l’utilisation d’énergies fossiles non renouvelables, la question énergétique est devenue une des préoccupations centrales de tout projet de construction ou d’aménagement du territoire.
Misant sur le solaire comme principale source d’énergie dans le futur, le projet se doit d’être pionnier dans ce domaine. Outre la question de l’autosuffisance et de la mise en place de stratégies passives et actives permettant d’y répondre, nous pensons que la problématique énergétique doit être élargie à celle du transport. Mobilité et énergie sont intimement liées, et l’architecture support de multiples systèmes de micro centrales de production va devenir naturellement la clefs de voûte de ce nouveau triptyque.
Problématique des transports
Du fait de sa position géographique, à l’échelle locale et l’échelle régionale, le site d’étude se situe au coeur des préoccupations liées à l’évolution des schémas de mobilité individuelle. La présence en son sein de la gare SNCF le place comme plaque tournante de l’intermodalité future. Nous abordons la problématique des transports comme partie intégrante de la réflexion d’aménagement du territoire. Notre proposition vise à la mise en place des conditions permettant une diversification de l’offre des transports et notamment une vision prospective de l’utilisation de la voiture par la création, à l’échelle du quartier, d’un système de gestion partagée.

Projet situé

Champoulant, un emplacement stratégique
L’Isle d’Abeau, située à la confluence des deux grands axes de mobilité (Lyon - Grenoble / Lyon - Chambery) et à proximité des centres urbains de Lyon et Bourgoin Jallieu, est rattrapée chaque année par une rurbanisation grandissante.
Dispersés à quelques dizaines de kilomètres de ces centres, les nouveaux habitants conservent leurs emplois urbains et deviennent de ce fait des migrants quotidiens. Le bilan migratoire s’avère positif au profit des campagnes peri-urbaines et au dépens des agglomérations urbaines. Cette déconcentration concerne aussi les activités de services, commerciales, industrielles, transférées ou implantées en pleine campagne ou dans les villages.

Le futur quartier Champoulant, très proche de la gare de l’Isle d’Abeau accueillera bien évidemment ces migrants du quotidien.

Un vecteur d’aménagement, le véhicule électrique
A l’échelle de la communauté de communes ou de la région les centres d’attractivité ne restent atteignables, dans un temps relativement court, qu’en train ou véhicule motorisé.
Faisons le pari des énergies renouvelables et de la diminution des rejets de gaz à effet de serre.
Parions sur la pertinence du développement d’un réseau de parking relais pour véhicules électriques car au départ de l’Isle d’Abeau tous les trajets compris entre 20 et 200 km se parcourent plus rapidement en voiture qu’en train.
Outre l’augmentation du trafic ferroviaire, la présence d’un vrai parking relais à l’abord de la gare participera aux développement des communes environnantes. Propriétaire ou locataire d’un scooter ou d’une voiture électrique, tout le monde pourra y laisser son véhicule le temps qu’il s’y recharge. Des bornes de location permettront au gens d’emprunter un véhicule et de le rendre à un autre parking relais.
Propriétaire ou non d’un véhicule personnel, les futurs habitants du quartiers accéderont très facilement à pied ou à vélo aux abords de la gare.
L’articulation, un parking relais - pôle des énergies
Partons donc du principe que l’on essaiera de mutualiser au maximum l’usage des véhicules de transport. En dehors de la route qui desservira le collège et les locaux d’activité/commerces, les voies d’accès aux logements limiteront le passage des voitures et empêcheront le stationnement. Le point de convergence des flux (piéton, vélo, voiture) qui traverseront le quartier sera matérialiser par un bâtiment renfermant un parking relais à l’entrée du quartier, un pôle de communication sur la gestion des énergies renouvelables, et une chaufferie à cogénération.

Dispersion des cellules souches

Les logements
L’ensemble des unités de logements s’égraine, du haut jusqu’au bas de la colline. Des unités les plus volumineuses (blocs R+3) aux maison individuelles (RDC), les voies d’accès aux logements épousent les courbes de niveau et longent des murs de soutènement réalisés en gabion. Des liaisons douces, dessinées aléatoirement dans une couche d’herbes hautes par les passages fréquents des habitants du quartiers, cheminent entre les cellules d’habitation et leur terrain privé collectif.
La disposition des unités de logement rend tout à fait envisageable la fragmentation du programme d’ensemble en programmes variés, type locatif social, accession ou privatif.

Le "Vallon vert"
Cette bande de terrain en grande partie inconstructible, absorbe et draine une partie des flux d’habitants qui se rendent à pieds ou en vélo à la gare. Elle acquerra avec l’apparition du quartier Champoulant un véritable statut d’espace tampon propice à la rencontre, l’échange et la détente.
L’agrandissement de la réserve d’eau dont une partie sera réservée au lagunage, la requalification des liaisons douces existantes et la création d’aménagements paysagers, revaloriseront ce vallon vert au fond duquel la végétation restera dense et sauvage. La zone constructible résiduelle de cette bande verte définira des espaces de terre à cultiver.
A l’échelle du quartier, potager, verger et ferme pédagogique y verront le jour, suscitant de l’intérêt pour la création d’un petit marché solidaire. Cette ferme bordera l’étang, la rivière, et profitera du lien direct avec la chaufferie et la maison des énergies.
La "zone d’activités"
Un grand espace arboré longera la route en remontant depuis la « placette ». Cet espace vert à la végétation plus calibrée ressemblera à une grande pelouse-prairie servant de deuxième cour aux jeunes du collège et d’aire de détente aux habitants des environs. Adossés à la bande d’unités de logements R+3, quatre bâtiments R+1 seront affectés à des activités de service.
Au pied de cette frange verte, « la placette » hébergera crèche et commerces, type épicerie, boulangerie, presse-tabac ou autre. Il ne s’agit pas d’ignorer la proximité du collège mais bien au contraire, de créer un espace naturel de qualité offrant une vue sur l’ensemble de la vallée, qui permette de canaliser les « velléités d’évasion », de profiter du paysage et d’encourager les rencontres.

Principes constructifs

Les murs en pierre sèche
Les murs en pierre sèche jalonnent le paysage des alentours. A Saint Alban de Roche, la plupart des maisons sont construites en pierre que l’on trouve sur place. Les carrières des environs fournissent une roche calcaire exploitable pour la construction. Gabion, pierre sèche ou pierre maçonnée structurent les murs de refend des espaces terrassés dans la pente, les murs d’aménagement des espaces paysagers et les murs périphériques des locaux d’activité. Ils rappellent l’identité et la mémoire du territoire.

Système Masse-Ossature

Plan de base
Quelles que soient les typologies de logement, un noyau dur construit en terre, concentrant les flux, abrite les pièces humides et les espaces de nuit. A celui-ci se greffe une ossature bois constituée de poteaux et de poutres entre lesquels se développe une enveloppe légère. Cette enveloppe abrite les espaces de jour et de vie commune exigeant davantage de flexibilité dans le temps.
Ces deux volumes rectangulaires articulés l’un à l’autre constituent la cellule de base de chaque logement. A chaque typologie de logement correspond une cellule de base particulière. Les proportions des espaces masse et ossature diffèrent.

Le Bloc Terre, invariant
Ce bloc de pisé est construit par une entreprise. Le pisé, béton de terre, est utilisé pour sa capacité thermique (coefficient de déphasage : 12heures), sa résistance à la compression et sa valeur patrimoniale. En effet, la terre argileuse de la région du Dauphiné, ressource locale, est utilisée depuis des générations dans la construction des bâtiments du Nord Isère.

L’ossature bois, adaptée
Cette ossature bois est construite par une entreprise. Vecteur d’agrandissement elle supporte l’enveloppe légère et se prolonge d’une trame pour accueillir les espaces extérieurs de chaque logement. Adéquate, elle permettra aux futurs habitants d’y intégrer un ensemble de modules préfabriqués afin d’agrandir leur logement et modifier l’usage des pièces de jour. Le bois, ressource locale, peut être employé également pour l’isolation et la vêture des bâtiments.

Le module de pièce à vivre préfabriqué
Les Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau servent actuellement de plateforme de diffusion des savoirs en matière de cultures constructives. Les futurs habitants du quartier, s’ils désirent créer une extension de leur " logement de base", viendront y suivre une formation sur la mise en oeuvre des matériaux (bois, terre, et matériaux qu’ils souhaitent utiliser pour l’enveloppe de leurs extensions). Par la suite, dans un cadre d’ auto-construction assistée, cette plateforme les accueillera pour qu’ils préfabriquent eux même les modules qu’ils choisiront d’assembler à l’enveloppe légère et qu’un appareil de levage emboîtera dans l’ossature en un temps minimum.

Les Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau
En plus d’être des ateliers de préfabrication et une plateforme de diffusion des savoirs, ils constituent un pôle de recherche et d’expérimentations positionné à la pointe des avancées technologiques sur les nouveaux matériaux, comme sur les anciens. Chaque année s’y produit le festival Grain d’Isère qui promeut la construction en terre. Les habitants du futur quartier pourront y être facilement sensibilisés. Dans cette logique d’accompagnement et de diffusion du savoir, des partenariats seront à monter avec les Grands Ateliers et ses partenaires industriels ou institutionnels.

La toiture, protectrice et unificatrice
Une couverture légère, décollée, débordant largement de la périphérie de l’enveloppe des constructions, vient protéger l’ensemble du bâtiment des intempéries. Jouant ainsi le rôle de parapluie unificateur, elle permet également la récolte des eaux pluviales pour leur utilisation dans le cycle de valorisation des eaux.

Stratégies thermiques
Stratégies passives
Les stratégies passives adoptées résultent principalement de questions de bon sens. Les bâtiments sont implantés et orientés au mieux selon la topographie du site. Par un jeu de décalage et de progression dimensionnelle, les masques solaires sont évités au maximum. La mise en place d’une forte isolation des parois, de menuiseries extérieures à triple vitrage et la maîtrise de l’étanchéité à l’air limitent les déperditions thermiques et assurent le maintien d’un confort d’hiver optimal. Des protections solaires (stores extérieurs enroulables) fixées sur l’ossature limitent la surchauffe en été et apportent un degré d’intimité supplémentaire aux espaces intérieurs.

Stratégies actives
En terme de stratégies actives, une chaufferie bois collective à cogénération couplée à une centrale photovoltaïque assure une production collective d’énergie pour l’ensemble du quartier. Au niveau individuel, un système de VMC double flux connecté au réseau collectif permet la gestion personnalisée du chauffage ou du rafraîchissement de chaque logement.


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